Chapitre 3 : Une valise
Gaëlle avait quitté le bord du bassin en toute hâte et l'avait cherché partout. Elle passa plus d'une heure dans le parc à arpenter les allées en tout sens dans l'espoir de le retrouver ; mais elle savait que c'était inutile, personne ne pouvait disparaître aussi vite.
Si elle ne l'avait pas vu en levant les yeux, c'était tout simplement parce qu'il n'existait pas
Pourquoi à elle ? Pourquoi ça lui arrivait justement à elle et pas aux centaines d'autres personnes qui devaient se trouver en ce moment même dans ce parc !
Pourquoi lui arrivait-il toujours des choses bizarres, des choses incroyables qu'on ne pouvait raconter sans se faire passer pour une cinglée !
Quand exténuée, elle finit par s'asseoir à l'entrée, près d'une rangée de balançoires, elle pensa que décidément elle devait être ........cinglée !
Les pensées se bousculaient dans sa tête,
D'où venait ce gamin, était-ce un fantôme ?
C'en était trop ! Maintenant, elle voulait vraiment quitter l'endroit au plus vite et rentrer chez elle.
Elle avait garé sa petite voiture rouge devant la grille, elle se précipita à l'intérieur et recula si vite qu'elle érafla le bas de son pare-chocs contre une borne kilométrique.
Gaëlle essaya de se calmer, il fallait qu'elle se calme, peut-être avait-elle fermé les yeux un instant, rien qu'un instant, et confondu rêve et réalité.
Oui, c'était sûrement cela !
Elle se gara dans l'allée de son jardin et remarqua immédiatement qu'un autre véhicule se trouvait déjà devant chez elle.
-Maman ! il ne manquait plus que cela.
Gaëlle essayait de se calmer tandis qu'elle s' approchait de la maison.
Elle ouvrit la porte et fut immédiatement happée par une Edith qui paraissait au comble de l'inquiétude
-Te voilà enfin ! Je t'avais pourtant prévenue que je passerais en revenant de chez Clara !
-La fille avec qui tu prends des cours de cuisine ? réussit à murmurer Gaëlle qui décidément se sentait de plus en plus mal
-Oui, c'est elle !Enfin, maintenant l'école est finie ! Alors forcément ça va être long jusqu'en septembre et.............
Ça ne va pas ma chérie ?
-Si ....si , tout va très bien ...
-Tu es pâle comme un linge ! Tu as fait une mauvaise rencontre ?...... Où étais-tu ?
-J'ai fais un tour dans le parc, il faisait beau et.....
Oh ! et puis zut ! Il m'est arrivé un truc insensé !
Et Gaëlle raconta l'histoire qu'elle s'était pourtant promis de garder pour elle.
-Je dois te paraître complètement dingue !
-Bien sûr que non.... Tiens, un jour , en regardant le journal télévisé, je me suis assoupie, et lorsque je me suis réveillée, j'ai bondi en entendant dans le salon une voix qui n'était pas celle d'Arthur !
-Oublier d'éteindre la télé est une chose, maman, voir le reflet de quelqu'un qui n'existe pas en est une autre.
-Peut-être qu'un gamin a voulu te faire une farce ? il s'est caché et.....
-Mon reflet n'était plus là, il n'y avait que le sien !
-Alors, tu t'es endormie un instant comme moi, et tu as rêvé.
-Oui... bien sûr, forcément... Il ne peut en être autrement n'est ce pas ?
Edith n'en savait rien du tout, elle se contenta pourtant de répondre :
-Bien sur que non, ne t'inquiète pas avec ces bêtises !
Tiens, prépare-moi un petit café !
Le soir tombait doucement, Edith était rentrée chez elle et Gaëlle, un peu rassurée, achevait de préparer le repas.
Il était dix neuf heures, lorsqu'elle entendit le bruit des pas de son mari sur le gravier de l'allée, elle avait toujours su les reconnaître.
-Qu'est-ce qu'on mange ? questionna Vincent en entrant dans le salon.
-Jambon et pommes de terre
-Ah ?
Vincent avait l'air un peu étonné, d'habitude, le dimanche, Gaëlle se faisait un devoir de préparer hors d'œuvres et desserts ; le menu devait lui paraître quelque peu frugal.
Gaëlle s'empressa donc de continuer.
-J'ai passé l'après midi dans le parc, et.... Je n'ai pas vu le temps passer.
-Tu n'as pas à t'excuser, mon lapin ! jambon et pommes de terre, c'est parfait !
Mon lapin... Gaëlle aurait préféré qu'il soit de mauvaise humeur, qu'il râle, cela lui aurait permis de s'énerver elle aussi, peut-être de claquer une porte, et ça l'aurait sûrement calmée.
Mais non, rien, elle se contenta seulement de dire
-Tu as passé un bon après-midi ?
Je suis crevé, devoir travailler le dimanche ! Mais monsieur Leroy a une petite fortune investie chez nous, alors...
Gaëlle faillit répondre « alors quoi ? »
Mais elle s'abstint. Inutile de chercher la bagarre, demain elle se sentirait mieux.
Pour une fois, rejoindre son lit lui paraissait être la meilleure solution.
Mais voilà......
Il était minuit, elle ne dormait pas encore et ce n'était pas du uniquement aux câlins du dimanche soir.
Elle ne pouvait chasser de son cerveau l'aventure survenue ce dimanche après-midi. Le souvenir de ce maudit gamin ne la quittait pas.
Cependant, la fatigue finissait malgré tout par avoir raison d'elle et la dernière pensée qu'elle eut, avant de s'endormir enfin, fut que Vincent fort heureusement, n'avait pas remarqué le pare-chocs éraflé de sa voiture, tant mieux, elle ne se sentait pas capable pour le moment de lui fournir de vagues explications. Elle bailla, se retourna et sombra doucement dans le sommeil.....
Pourquoi faisait-il soudain si noir, jamais il ne faisait aussi sombre dans sa chambre puisque la fenêtre donnait sur le lampadaire situé de l'autre côté de la rue. Et puis, quel silence, Elle détestait cela !
Gaëlle distingua soudain deux petits points jaunes minuscules qui semblaient se rapprocher. Elle réalisa qu'elle se trouvait dans une espèce de couloir et vit un escalier qui s'élevait sur sa gauche...
Une chose était certaine, elle n'était pas chez elle. Il fallait qu 'elle monte ces marches au plus vite pour fuir l'obscurité.
Un fait arrêta pourtant son élan....
Une petite valise brun clair dévalait les marches, cela se passait comme au ralenti. Elle la voyait très nettement : une mallette avec une fermeture métallique dorée sous laquelle était apposé un autocollant jaune et bleu.
A son grand étonnement, la valise se transforma soudain en un miroir de poche ; il dévalait à présent les marches à toute vitesse !
Sans savoir pourquoi Gaëlle fut soudain saisie de panique, le miroir allait se briser ! Il ne fallait pas qu'il se brise !
Il lui semblait soudain que son cœur s'arrêterait si une telle chose devait se produire.
Gaëlle se réveilla......
Elle était bouleversée et il se passa de longues minutes avant que son cœur ne reprenne un rythme normal.
Contrairement à ses anciennes terreurs qui ne lui laissaient aucun souvenir, elle se rappelait parfaitement le rêve qu'elle venait de quitter.
Pourquoi une valise et un miroir lui faisaient-ils une telle peur ? Une peur bien plus terrible que celle qui consistait à rester dans le noir....
Tout ça n'avait aucun sens....... Que lui arrivait-il ?
Est-ce que sa crainte de voir le miroir se briser signifiait sa peur de perdre la raison?
Y avait-il un rapport entre ce cauchemar et sa vision de la veille ?
Elle resta un moment assise dans son lit, la tête entre les mains.
Comment trouver ne serait- ce que l'ébauche d'une réponse à tout cela ?
Gaëlle pensa soudain qu'il lui serait peut-être possible de trouver quelque chose dans un livre sur l'interprétation des rêves. Pourquoi pas ?
C'était peut-être stupide, mais il n'y avait rien d'autre à faire, à part bien sûr retourner chez son médecin...........
Elle s'étendit sans un bruit, en priant le ciel qu'aucune autre image ne viennent troubler les dernières heures de la nuit. Et de fait, elle ne rêva plus !